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“L'indifférence mord plus profondément que tout requin.”

- Jeffrey Gallant (GEERG, Observatoire des requins du Québec)

Conservation

 

Quoique le GEERG a pour mission de partager les connaissances sur les requins et de promouvoir leur conservation, nous ne sommes pas une organisation environnementaliste. Nos actions dans le domaine de la conservation sont basées sur les connaissances scientifiques résultant de nos recherches et de celles de nos collègues à travers le monde. L'un de nos principaux objectifs est d'aider à réduire les prises accessoires de requin du Groenland et des autres espèces de requins nordiques afin qu'ils puissent continuer à jouer leur rôle indispensable dans tous les océans. C'est avec cet objectif qu'une pétition rédigée par le président du GEERG fut déposée à l'Assemblée nationale du Québec le 21 février 2013 par le député de la circonscription de Drummond, M. Sébastien Schneeberger. La pétition a été rejetée en avril 2013.

 

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21/02/2013 (Veuillez noter que certaines informations ont changé depuis 2013)

 

En tant que scientifiques ayant un intérêt particulier pour la conservation et le développement durable, et basé sur les études alarmantes de collègues chercheurs de part le monde, nous sollicitons l'appui de tous afin de faire du Québec la première province canadienne à interdire la commercialisation et la possession d'ailerons de requin.

 

La chasse aux requins met en péril la survie des écosystèmes océaniques. Plus de 90 % des populations de certaines espèces ont déjà été décimées depuis un quart de siècle et une large partie de cette pêche est imputable au prélèvement des ailerons. Le "shark finning" consiste à ne prélever que les ailerons du requin qui est ensuite rejeté à l'eau encore vivant.

Les eaux du Québec ne sont pas couramment associées aux requins mais on retrouve pourtant au moins sept espèces de squales dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent. D'ailleurs, certains de ces requins figurent sur les listes d'espèces menacées. Le GEERG et l'Observatoire des requins du Québec s'intéressent particulièrement au requin du Groenland que nous étudions au Québec depuis 1999. C'est le deuxième plus grand requin carnivore au monde et possiblement l'animal vertébré ayant la plus longue espérance de vie sur la planète.

 

La région de Baie-Comeau présente le seul lieu connu où il est possible de l'observer à faible profondeur. Or, une compagnie danoise (Greenland Company, 2011) vient de lancer un projet visant à commercialiser ce requin et ses ailerons, ce qui pourrait éventuellement menacer la population de cette espèce au Québec.

"Au Groenland, le requin est un déchet ... Les ailerons de requin sont utilisés par les gourmets. La demande ne cesse de croître depuis des décennies. Trouver des ailerons est devenu un défi en raison du déclin des populations de requins ... Notre souhait est de faire connaître au monde les grandes possibilités qu'offre le requin du Groenland."

 

La vidéo promotionnelle à droite (Greenland Shark Disco Dance) met en valeur d'autres usages (00:01:08) pour le requin du Groenland tel que mis en marché par Greenland Company dont des pilules d'aileron/cartilage pour la prévention et le traitement du cancer (prouvé inefficace en clinique), du cuir pour la fabrication de chaussures, de la nourriture pour chiens et des porte-clés. Pourquoi propose-t-on de tuer des milliers de requins centenaires alors que tous ces produits sont déjà manufacturés avec des alternatives durables?

Le prélèvement des ailerons (aileronnage) est déjà interdit au Canada (depuis 1994) mais l'importation d'ailerons est permise. Cette pétition ne vise donc pas les pêcheurs québécois. L'Équateur a emboîté le pas en 2004 en interdisant le commerce et la distribution d'ailerons de requin sur son territoire. La Malaisie (2007) et la Chine (2012) ont interdit la consommation d'ailerons de requin lors de banquets gouvernementaux. Palau (2009), les îles Mariannes du Nord (2011) et Guam (2011) ont aussi légiféré pour interdire les ailerons de requin. En Amérique, les états d'Hawaï (2010), de l'Illinois (2012), de l'Oregon (2011), de Washington (2011), de la Californie (2011) et de New York (2012), ont voté pour interdire la possession et le commerce d'ailerons de requin.

 

Les villes canadiennes de Abbotsford (2012), Brantford (2011), Calgary (2012), Coquitlam (2012), Duncan (2013), Langley (2012), London (2012), Maple Ridge (2012), Mississauga (2011), Nanaimo (2012), Newmarket (2012), North Vancouver (2012), Oakville (2011), Pickering (2011), Port Moody (2012), Toronto (2011) et White Rock (2012) ont voté pour interdire la possession et le commerce d'ailerons sur leurs territoires respectifs. Toutefois, le règlement ne s'appliquera pas aux municipalités avoisinantes. Pour qu'une telle législation soit efficace, elle doit être appliquée au niveau national. Ainsi, nous souhaitons qu'un Québec sans ailerons illégaux puisse servir d'exemple aux autres provinces canadiennes et ailleurs dans le monde.

 

Discrimination culturelle ?

La tourtière demeure l’un des plus beaux exemples de la culture culinaire québécoise. Et pourtant, ce mets traditionnel ainsi que les célébrations du temps des fêtes ont survécus à la disparition de la tourte (Ectopistes migratorius), cet oiseau qui selon certains chercheurs était l’espèce animale la plus abondante sur le continent à l’arrivée des Européens.

 

Les effets environnementaux provoqués par l’extinction de la tourte sont difficilement mesurables. Toutefois, la disparition du requin qui trône au sommet de la chaine alimentaire océanique depuis des millions d'années, mettrait en péril la survie des écosystèmes marins dont dépend une grande partie de l’humanité.

 

Tout comme la tourtière s’est délicieusement adaptée à l’absence de son principal ingrédient, il existe des substituts pour la préparation de la soupe aux ailerons.

 

Les Québécois sont connus à travers le monde pour leur attachement à leur culture. Cependant, bien peu de gens d'ici et d’ailleurs sont conscients que le déséquilibre écosystémique causé par la disparition des requins aurait éventuellement des impacts sur les cultures de tous les peuples puisant une partie de leurs ressources alimentaires de la mer.

 

Cette pétition n’est donc pas une atteinte à la culture des autres. Il s’agit plutôt d’un acte de solidarité visant à protéger un maillon indispensable du patrimoine naturel de tous les êtres humains.

 

Restaurateurs

Cette pétition résultera en l'interdiction de la soupe aux ailerons de requin et de tous ses dérivés au Québec - y compris les ailerons en conserve - à moins qu'un système de traçabilité soit mis en place par le gouvernement afin de vérifier que les ailerons proviennent d'une pêcherie locale autorisée par Pêches et Océans Canada (MPO). En d'autres mots, les restaurateurs devraient obligatoirement prouver que leurs stocks d'ailerons aient été légalement obtenus (individuellement étiquetés par un représentant du MPO) lorsque sommés de le faire par un inspecteur municipal ou provincial. Cependant, puisque aucun système de traçabilité n'existe présentement, tous les ailerons et leurs produits dérivés deviendront illégaux.

 

Pêcheries

Cette pétition ne fera pas cesser les pêcheries de requins déjà existantes au Québec qui sont de juridiction fédérale. Toutefois, à mois qu'un système de traçabilité soit mis en place par le gouvernement, la vente de tous les ailerons de requin - importés et locaux - sera illégale. Dans un tel système, tous les ailerons provenant d'une pêcherie autorisée par le MPO devraient obligatoirement être individuellement étiquetés par un représentant du gouvernement lorsque le requin tout entier est débarqué au quai. Les ailerons devraient être étiquetés avant d'être sectionnés.

 

La simple interdiction d'importer des ailerons illégaux ne suffit pas. Puisque des ailerons provenant de pêcheries canadiennes sont encore disponibles, et parce ces ailerons ne sont pas clairement identifiés, rien ne pourrait empêcher un individu malhonnête de se procurer des ailerons illégaux sur le marché noir et de les faire ensuite passer pour des ailerons 'canadiens'. Tant qu'il y aura des pêcheries sanctionnées de requins au Canada, l'interdiction d'importer des ailerons illégaux sans système de traçabilité pour les ailerons locaux demeureura inefficace.

 

Puisque des pêcheries de requins existent encore au Canada, et parce qu'un système de traçabilité et d'éco-certification pourrait éventuellement être créé, cette pétition pourrait ne pas mener à une interdiction totale des ailerons de requin au Québec. Toutefois, la mise en place et la valorisation de ce système aurait un effet dissuasif sur la consommation - même légale - d'ailerons de requin au Québec. L'éducation, le temps et la fermeture éventuelle des pêcheries non durables de requins dans le Saint-Laurent mettront ensuite un terme définitif au commerce des ailerons au Québec.

 

Pétition

Une pétition initiée par le président du GEERG et de l'Observatoire des requins du Québec, M. Jeffrey Gallant, et appuyée par le député de la circonscription de Drummond-Bois-Francs, M. Sébastien Schneeberger, à été déposée à l'Assemblée nationale du Québec le 14 novembre 2012. Il s'agit d'une action non-partisane visant à faire entendre d'une même voix tous les Québécois et leurs amis du monde entier ayant à coeur la survie des écosystèmes marins dans lesquels les requins jouent un rôle indispensable.

 

Tous peuvent signer la pétition, sans égard au lieu de naissance ou de la nationalité. Nous vous implorons de le faire tout de suite puis de poser la même action auprès des autorités de votre pays. Merci !

 

Les requins font partie du patrimoine naturel québécois et du monde. Aidez-nous à faire cesser l'indifférence face au massacre insensé de jusqu'à 100 millions de requins par an. Signez la pétition aujourd'hui et parlez-en à votre famille et vos amis.

 

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PÉTITION VISANT À INTERDIRE LA COMMERCIALISATION ET LA POSSESSION D'AILERONS DE REQUIN AU QUÉBEC

 

Initiateur de la pétition : M. Jeffrey Gallant

Soutenue par le député de Drummond-Bois-Francs : M. Sébastien Schneeberger

 

Considérant que le nombre de requins tués pour leurs ailerons serait de 38 à 100 millions par année dans le monde entier. (1)

 

Considérant que cette pratique engendre un gaspillage considérable puisque seulement 3 à 5 % de la masse du requin est exploitée et que le requin mutilé et de moindre valeur est rejeté à la mer pour y mourir. (2)

 

Considérant que 115 espèces de requins dans le monde sont aujourd’hui menacées ou en voie de le devenir. (3)

 

Considérant que cette pratique qui réduit les populations de requins affecte aussi les activités de pêche traditionnelles et durables.

 

Considérant qu’aucune mesure de traçabilité et d’éco-certification n’est actuellement en vigueur pour les pêcheries légales et sanctionnées de requins.

 

Considérant le rôle indispensable que jouent les requins dans les écosystèmes marins.

Nous demandons à l'Assemblée nationale du Québec d’interdire la commercialisation et la possession d’ailerons de requin sur tout le territoire de la province.

 

(1) Clarke, S. C., McAllister, M. K., Milner-Gulland, E. J., Kirkwood, G. P., Michielsens, C. G. J., Agnew, D. J., Pikitch, E. K., Nakano, H. and Shivji, M. S. (2006), Global estimates of shark catches using trade records from commercial markets. Ecology Letters, 9: 1115–1126. doi: 10.1111/j.1461-0248.2006.00968.x

 

(2) IUCN (International Union for the Conservation of Nature). 2003. Information on Shark Finning: Conversion Factors for Shark Fin to Shark Body Weight.

 

(3) IUCN 2011. The IUCN Red List of Threatened Species. Version 2011.2. <http://www.iucnredlist.org>. Downloaded on 10 November 2011.

 

 

RÉSULTAT

 

Pétition REJETÉE

 

Le 21 février 2013 : La pétition a été présentée ce matin à l'Assemblée nationale du Québec par son député intermédiaire, M. Sébastien Schneeberger. La Commission parlementaire de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles dispose maintenant de 15 jours pour décider si elle étudiera ou non la pétition.

 

Le 18 avril 2013: La pétition a été rejetée dans une lettre signée par le Ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, M. François Gendron (PQ), sous prétexte que le commerce international et interprovincial relève des responsabilités du gouvernement fédéral. Puisque le gouvernement Harper a rejeté une proposition de loi visant à interdire l'importation d'ailerons de requin en mars dernier, les ailerons provenant de l'aileronnage demeureront légaux et facilement obtenables au Canada - et au Québec - pendant encore bien des années. Le libellé de la pétition offrait pourtant au moins une piste de solution pour que le gouvernement québécois puisse agir sans passer outre ses compétences. L'étiquetage indiquant la provenance des ailerons aurait bénéficié les pêcheries durables québécoises tout en bloquant de façon stratégique les ailerons provenant de l'aileronnage ailleurs dans le monde puisque l’origine des ailerons illégaux est dans la plupart des cas inconnue, sinon falsifiée.

 

Connaissant déjà la réponse d'Ottawa, le gouvernement du Québec aurait pu faire preuve d’imagination et de courage et agir - même de façon limitée - pour démontrer sa volonté à protéger ce maillon vital de l’écosystème du Saint-Laurent que sont les requins. Pour un gouvernement qui proclame pourtant et sans cesse son désir d’autonomie, cette opportunité ratée se résume en un bref paragraphe générique et au ton désabusé qui vient de signer l’arrêt de mort de milliers de requins. La déception est totale d’autant plus qu’il n’y a eu aucune discussion ou consultation avec les divers intervenants.

 

Pendant ce temps, l’état de New York vient de voter (lundi) l’interdiction totale des ailerons de requin sur son territoire, s’ajoutant ainsi à la liste grandissante d’états et de pays de par le monde ayant choisi d'assumer leurs responsabilités face à une crise environnementale qui menace tous les océans ainsi que les milliards d’humains qui en dépendent, y compris au Québec. Pour certains, choisir est bien plus qu’un slogan.

 

Jeffrey Gallant

Président

Groupe d'étude sur les élasmobranches et le requin du Groenland

Observatoire des requins du Québec

Le 18 avril, 2013

 

 

CLIQUEZ ICI POUR LIRE LA PÉTITION SUR LE SITE WEB DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE DU QUÉBEC

 

 

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