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Historique

 

Le GEERG a été fondé en 2003 après une série d'expéditions novatrices dans l'Atlantique Nord et le fjord du Saguenay. Aujourd'hui les activités de recherche et de conservation du GEERG ne sont plus centrées uniquement sur le requin du Groenland, mais aussi sur l'ensemble des requins et des raies de l'estuaire et golfe du Saint-Laurent, des provinces maritimes canadiennes, et de l'Arctique.

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

2012

2013

2014

2015

- Premières plongées avec des requins pélagiques au Canada (Nouvelle-Écosse)

- Opération Skalugsuak I - À la recherche du requin des glaces, La Baie (Fjord du Saguenay, Québec)

- Opération Skalugsuak II - À la recherche du requin des glaces, Rivière-Éternité (Fjord du Saguenay, Québec)

- Premier déploiement d'une cage d'observation de requin sous la glace lors de l'Opération Skalugsuak II

- Premières observations naturelles de requins du Groenland à Baie-Comeau, au Québec

- Le GEERG est fondé

- Un documentaire sur le GEERG (Searching for a Monster) remporte la palme d'argent au Belgrade Underwater Film Festival

- Première étude de télémesure du GEERG

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- Nécropsie publique d'un requin du Groenland devant auditoire en collaboration avec le Musée du Fjord

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- Tournage d'un documentaire en collaboration avec le GEERG sur Humanima

- Tournage d'un documentaire sur le GEERG produit par History Channel

- Tournage d'un documentaire pour Channel 3 (Royaume-Uni) et National Geographic TV (USA)

- Le GEERG devient une oeuvre de bienfaisance

- Le GEERG acquiert son premier vaisseau de recherche grâce à un don de Verreault Navigation

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- Jeffrey Gallant est porte-parole du Centre des sciences de Montréal : Requin - prédateur ou proie ?

- Le Skalugsuak fait sa première traversée du Saint-Laurent de Les Méchins à Baie-Comeau

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- Lancement officiel du R/V Skalugsuak après un projet de modernisation (2011-2015)

Mystérieux prédateurs du Grand Nord

Texte Douglas Perrine et Nicolas Ziani

Copyright © Plongeur.com

 

Une imposante silhouette sombre vient juste de passer au dessus de Jeffrey Gallant et de Chris Harvey-Clark dans l’eau profondément turbide de l’estuaire du St Laurent.

 

Un challenge sous la glace

 

Gallant est un scientifique qui étudie les requins. Il commença à plonger à l’âge de 14 ans et évolue dans le bleu comme un poisson dans l’eau…mais il n’avait jamais osé croire à une telle rencontre. Ils viennent juste de croiser la route d’un requin du Groenland, une créature marine aussi imposante que le grand requin blanc, qui peut se nourrir de proies aussi grosses que des cétacés.

 

Gallant et Harvey-Clark, biologiste marin à l’Université de Colombie Britannique, se sont connus en 1996 lors d’un colloque en Nouvelle-Écosse.  Harvey-Clark resta longtemps intrigué par ces pêcheurs qui capturaient des requins sous la glace du fjord du Saguenay. Il garde en souvenir ces manchettes de journaux lorsqu’il avait 11 ans qui relataient la prise fréquente de ces animaux dans les eaux de la rivière du Saguenay au Québec. Il demanda à Gallant d’enquêter sur ces histoires de requins géants capturés dans les eaux douces du Québec. Gallant s’aperçut rapidement au cours de ses investigations que la plupart de ces signalements n’avaient presque qu’exclusivement lieu en hiver au Saguenay. Suite à cette découverte, Harvey-Clark et Gallant entreprirent de devenir des pionniers de l’étude du requin du Groenland.

 

Question d’adaptation

 

Préférant des eaux glaciales, jusqu’à des températures de l’ordre de 12°C,  les requins du Groenland évoluent en Atlantique Nord et en Arctique à des profondeurs atteignant 2200 m et ont pour habitude de marauder au dessous de la glace de la calotte polaire. Leur nage lente, leur moindre résistance lorsqu’ils sont capturés et leur incapacité à réguler leur température implique un métabolisme lent et suggère cette question : comment ces requins capturent-ils suffisamment de proies pour pouvoir atteindre une taille de 7,3 m de long ? La réponse à cette question semble que le requin du Groenland est une des espèces qui présente l’un des taux de croissance le plus bas dans le règne animal – tout au plus quelques centimètres par année. Ce qui impliquerait qu’un adulte peut vivre plus de 200 ans et que cet animal est l’un des vertébrés qui a la plus longue espérance de vie.

 

Des débuts difficiles

 

Ayant découvert que les requins remontaient dans les eaux de surface durant les mois les plus froids, Gallant et Harvey-Clark organisèrent leurs premières expéditions dans les eaux du Saguenay en plein hiver. Soutenus financièrement par Parcs Canada, la SEPAQ et le Musée du fjord, les plongeurs étaient dotés d’un soutien logistique quasi-infaillible. Les tempêtes de neige et des vagues de froid assaillirent sans relâche leur camp sur la glace, soufflèrent leurs tentes et abaissèrent les températures sous la barre des -40°C. Le froid glacial gelait leurs visages et leurs détendeurs et recycleurs devenaient complètement inutilisables sous l’eau. Ils entreprirent pourtant leurs premières incursions dans la pénombre totale des eaux sous jacentes. Même avec l’usage de nombreux appâts pour attirer les animaux, ils ne rencontrèrent aucun requin. Découragés, remplis de désillusions, leurs fonds épuisés, les deux plongeurs abandonnèrent pour un temps leurs recherches.

 

…mais un dénouement heureux !

 

Pourtant, en mai 2003, Gallant communique avec le plongeur québécois Sylvain Sirois qui disait avoir aperçu d’énormes poissons dans l’estuaire du St-Laurent. Deux jours plus tard, Gallant et Harvey-Clark, au comble de la stupéfaction, trouvèrent enfin leur graal. A peine entrés dans l’eau, les plongeurs étaient approchés par plusieurs requins particulièrement gros et curieux. Les requins étaient d’ailleurs souvent si près d’eux que ces rencontres pouvaient devenir fort inconfortables. En particulier, un jour de plongée, un énorme spécimen surgit de nul part, tournoya impatiemment autour d’eux et finit par disparaître. « C’était notre rêve qui prenait enfin toute sa réalité ! » explique Harvey-Clark « C’était comme avoir découvert le sanctuaire des éléphants ! » Les deux chercheurs découvrirent lors de leurs plongées que les requins, bien que très lents dans leur nage, étaient parfaitement capables de changer brusquement de direction et d’accélérer. Ce ne sont pas simplement des charognards indolents, ce sont des chasseurs actifs. Selon Gallant, ils utilisent très certainement leurs yeux pour chasser. Certaines créatures qui habitent le fond composent leur menu : des crabes, des lançons, des flétans et des raies et même des algues ! Les plongeurs notent aussi qu’ils se nourrissent également d’animaux plus vivaces comme des calmars, des méduses, des saumons et d’autres requins et qu’ils leur arrivent aussi d’être cannibales. « Ils peuvent engloutir d’une traite un morceau de chair de baleine de plus de 5 kilos comme une boule de crème glacée » s’exclame Harvey-Clark, « ou littéralement aspirer dans leur bouche un flétan entier comme un aspirateur ».  Gallant rapporte même un incident où un requin a suivi sous la glace un homme marchant sur la banquise.  « Le requin du Groenland est incontestablement le prédateur dominant des eaux de moins d’un degré Celsius » termine Harvey-Clark.

 

Sur les traces du requin du Grand Nord

 

En été 2004, souhaitant suivre le déplacement des requins à l’aide de tags électroniques, Gallant et Harvey-Clark retournent sur l’estuaire du St-Laurent.  À seulement 5 mètres sous la surface et par visibilité nulle, Harvey-Clark décrit : « Je me suis brusquement trouvé nez-à-nez avec un requin du Groenland de 4 m. Il m’inspecta puis s’enfuit brusquement. Nous trouvions toujours de nombreuses parties de corps de phoques dans l’estomac des requins et nous nous demandions comment ces prédateurs qui paraissaient si lents parvenaient à se nourrir de proies si rapides. La surprise de mon interception par ce grand requin dont l’incursion avait été littéralement camouflée par la quasi-opacité de l’eau m’avait éclairé sur la façon dont ils devaient surprendre les phoques. »

 

Gallant et Harvey-Clark débutèrent la campagne de marquage en équipant huit requins du Groenland d’émetteurs hydro-acoustiques qui signalaient leur position géographique, la profondeur et la température de l’eau. Les trois premiers requins marqués purent être suivis précisément. Deux  requins évoluaient de bas en haut de la colonne d’eau durant la nuit tandis qu’ils restaient sur le fond durant la journée. Un des animaux remontait régulièrement à 10 m de la surface ; possiblement une ruse pour surprendre des phoques.

 

Deux requins furent ensuite marqués successivement à l’aide d’un tag équipé d’un système de suivi GPS (Pop-Up Tag). L’un d’eux resta dans la zone proche du site de marquage tandis que l’autre nagea une centaine de kilomètres en remontant le fleuve jusqu’à Bergeronnes où la profondeur était de 312 m. Ce village voisin de Tadoussac est un lieu réputé pour l’observation des baleines et un site privilégié d’alimentation pour de nombreux cétacés. Harvey-Clark suggère que les requins s’aventurent dans ces eaux pour se nourrir de grands mammifères marins.

 

« Requin énigme »

 

Il y a des risques pour ces requins de vivre en de telles eaux polluées. Un requin du Groenland capturé dans le St-Laurent en 2006 était hautement contaminé par des PCB, des produits ignifuges et antirouilles ainsi que des métaux lourds. De grandes cicatrices visibles sur le flanc des animaux témoignent de la fréquence de leurs captures accidentelles dans des engins de pêche. Bien que l’impact des activités humaines liées au fleuve sur les populations de requins du Groenland, qui le fréquentent, reste largement méconnu, Harvey-Clark suggère que la pêche est la principale cause de mortalité pour ces animaux. Dans les années 40, plus de 50 000 requins furent exterminés en une seule année et ce, pour en extraire et utiliser l’huile de leur foie comme lubrifiant. Les Inuits ne tuent que quelques 100 spécimens par an, notamment pour leur alimentation.

 

Dans le but d’approfondir son travail d’étude, Gallant fonde en 2003 le GEERG ou “Groupe d’étude sur les élasmobranches et le requin du Groenland ” avec Chris Harvey-Clark comme codirecteur. Chaque découverte soulève de nouvelles questions : Les requins du Groenland présents dans les eaux du St-Laurent sont-ils issus d’une même population arctique ? Pour quelles raisons les requins s’approchent des côtes durant les mois les plus chauds et où se trouvent-ils le reste de l’année ? Harvey-Clark termine, d’un ton rêveur, en citant Steinbeck : « Un océan sans ses monstres inconnus serait comme un sommeil sans songe ».

 

Téléchargez l'article illustré dans le magazine Plongeur.com : Numéro 2 (mai-juin-juil 2010): http://www.plongeur.com/magazine/telechargement

 

 

Groupe d'étude sur les élasmobranches et le requin du Groenland (GEERG)

Observatoire des requins du Québec (ORQ)

Administration : Drummondville, QC

R/V Skalugsuak : Club nautique de Baie-Comeau

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